Perdre 5 kilos avant son mariage

… c’est vraiment une idée à la con.

Attention, des traces de provocation peuvent subsister dans ce billet.

C’est Mademoiselle Dentelle qui m’a inspiré ce billet, avec ce texte-ci et celui-là. J’espère qu’elle sait que rien de ce que je dis ici n’est dirigé contre elle … surtout qu’au fond, on dit un peu la même chose.

Dans une autre vie, il y a quelques années, j’ai pensé à me marier. Dans cette autre vie, j’étais obsédée par mon poids. Pas une obsession réellement pathologique, et il est probable que nous n’ayez rien remarqué si vous m’aviez côtoyée à l’époque, pour la bonne raison que la plupart des filles de moins de trente ans sont obsédées de la même façon. La surveillance constante de ses formes est devenue une norme, à tel point que c’est celle qui se fiche des variations de son corps à qui on recommande de faire attention … Fatima Mernissi parle du « harem de la taille 38« , j’aurais dit 36 mais c’est un détail …

J’ai mis 15 ans et un électrochoc à faire le deuil du corps que j’avais à 12 ans. Parce que ce corps-là, c’est celui qu’on nous montre le plus souvent dans les magazines que je n’achète plus, sur les publicités qui s’imposent à ma vue. On s’imbibe en même temps du culte du corps, ferme mince pulpeux musclé hydraté épilé, et de la haine de notre corps, jamais assez mince pulpeux ferme musclé soyeux imberbe.

Je n’ai jamais été grosse, quoi que ce mot puisse vouloir dire, et depuis mes 13 ans je rêvais d’être plus mince (ce qui quand je vois les photos de l’époque veut dire maigre). Mon poids n’a bougé que d’un ou deux kilos pendant 10 ans, une fois atteint mes 168 cm, malgré des régimes débiles à répétition, l’arrêt et la reprise du sport. N’empêche que quand je pesais 59 kilos, je me sentais moche et coupable, et quand l’aiguille descendait à 57, je me trouvais jolie, quelle que soit ma tête dans la glace.

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Leah : Life imitating art

Entre deux tailles de vêtements, je flottais toujours légèrement dans l’une et était serrée dans l’autre. Je prenais toujours la seconde. 13 ans à rentrer le ventre.

Et puis j’ai traversé deux crises de vie à trois ans d’intervalle. La première fois, j’ai perdu beaucoup de  poids, je ne sais combien, très vite et sans régime, que j’ai repris progressivement, sans m’en préoccuper. La seconde, j’ai perdu cinq kilos, je voulais me maintenir à ce poids, je sautais le repas d’avant la plage, je voulais même perdre quelques kilos de plus, profiter de ma « chance ».

J’ai repris dix kilos, et pour la première fois de ma vie, ma peau a marqué le coup. Et, comme je commençais à ouvrir les yeux sur toute cette dinguerie, j’ai décidé que ça suffisait. Que je ne ferais plus de régime. Que je ne ferais plus juste attention. Que j’allais vivre avec ce bidon que j’avais toujours trouvé disgracieux, que je ne perdais jamais même à mon poids le plus bas et que mes amoureux adoraient.

Après tout, quand j’étais petite, vraiment petite, je me fichais de tout ça, et j’étais dorée, musclée, mince et surtout pleine de vitalité. C’est quand j’ai voulu mincir que mon poids est devenu un problème, quand je me suis mise au soleil pour bronzer que j’ai alterné pâleur et coups de soleil, quand j’ai voulu me muscler que je me suis trouvée trop paresseuse pour le faire.

M’aimer, je ne peux m’y forcer, ni même m’y efforcer. Mais je peux arrêter de me maltraiter. Je peux mettre des vêtements à ma taille, ou un peu larges si cela me permet de mieux bouger, de mieux respirer. Je peux essayer de manger quand j’ai faim ou envie, de connaître mieux la nutrition et les besoins de mon corps. Je peux manger des fleurs parce que c’est bon aussi pour l’esprit. Je peux chercher à me connaître plutôt qu’à savoir réciter les x façons de perdre du poids et des tailles de pantalon.

Ça a pris deux ans. J’ai perdu – très lentement – les kilos gagnés, mais c’est accessoire : j’ai surtout appris à mieux vivre mon corps, à arrêter de le tenir à distance, de le contrôler, comme si lui et moi n’étions pas un/e.

Alors non, pas de régime pré-mariage pour moi. Juste une robe à ma taille !