Le jour J, prologue

Le samedi matin, je me réveille à 6h, largement la première, j’ai très peu dormi comme les deux nuits précédentes. Je prépare la table du ptit déj. En attendant que les amis arrivent, je vais me promener, jusqu’à la grange. Il fait très très froid (3-4 degrés), je regarde les alentours, la vallée, entre dans la grange, passe sous la guinguette, en me disant « C’est aujourd’hui« .

Je rentre à la maison, me douche, me maquille. L »homme qui se lève émerge, je commence à lui parler de menus détails, il esquive « je vais plutôt écrire ma déclaration ». J’amène une table dans notre chambre, qui fera office de boudoir quand la coiffeuse arrivera, à 8h30. J’y ajoute le maquillage, un miroir, un petit bouquet que ma nièce m’a offert la veille, un ordinateur pour écouter de la musique. Les amis commencent à arriver, on a lancé le thé, le café. Je partage avec eux ce début de petit déjeuner, puis la coiffeuse arrive.

Les trois « coiffées » dont ma témoin Floh et moi nous isolons dans la chambre pas encore maritale, des copines passent prendre le thé, on se fait coiffer, on se maquille (éventuellement les unes les autres), Floh repasse mes robes et la chemise de Nico (louanges lui soient dédiées !), on s’habille …

Je teste mes gilets avec mes robes, vu le froid … eh non, je ne l’ai pas fait avant, mais tout concorde ! Le stress, auquel je ne m’attendais pas du tout, commence à monter … j’ai la tremblote. Je suis coiffée, c’est le tour de Floh, puis d’Elise, puis de M. … On se conseille les unes les autres, je maquille M., elle me met du vernis … et juste avant de partir, en réclame elle aussi ! E. se précipite, vite vite, il est temps !

Il est presque 11h. Tout le monde, dont l’homme qui a oublié sa fleur de boutonnière, est devant la mairie, sauf ma témoin et une amie qui m’accompagnent …

Le petit bouquet sur la table m’a fait de l’oeil, E. lui a ajouté un ruban, une amie passe  juste comme ça avec quatre boutons d’or qu’on ajoute. Un autre vient se changer, je lui donne la fleur en tissu pour l’homme qui n’a pensé qu’à son chapeau.

Ne reste que Floh, E. et moi. Je tremble comme une feuille, en marchant vers la mairie …

 

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Calendrier à rebours : J-2 & J-1

Juste pour le plaisir, un petit récit du jour de notre mariage … et des précédents.

Certains de nos amis sont arrivés dès le jeudi (une petite dizaine). Cela fait déjà quelques jours que mon sommeil est perturbé. Je suis ravie que mes amis soient là, tout devient plus concret, c’est à la fois effrayant (aura t’on le temps de tout faire ?) et galvanisant (ambiance youpiiiii et calins). Journée assez tranquille, on commence à préparer la guinguette, mise en place de la sono par les musiciens et répet’ dont nous sommes exclus à cause des surprises, moment avec notre célébrante … Un de nos invités, qui arrive en train, nous a prévenu le matin qu’il y avait des ratés sur la ligne … finalement, sans moyen de nous joindre, il arrive trois heures plus tard que prévu à la gare, à un horaire inconnu même du chef de gare, en bus et sous la pluie … mais comme j’ai le pifomètre au beau fixe, on est là depuis une minute seulement !

Vendredi, vu le temps incertain, nous décidons de placer la cérémonie dans la grange à côté de la guinguette, et seulement le repas sous la guinguette. Le matin c’est donc mise en place de tables, de chaises, des boissons, arrivée des fûts à bières, marché pour quelques-uns. C’est tout naturellement à chaque fois des personnes différentes qui préparent le repas, pour un nombre croissant de convives.  L’après-midi, je vais chercher des amis à la gare, en profite pour acheter trois bricoles qui manquent, passe a la bibli prendre des livres pour les pitchous, des roulements se mettent en place pour l’atelier « four à pain », puis « four à pizza », d’autres décorent la grange (déco de récup d’un mariage d’amis, ce que j’ai fait, avec les copâins, cette année, plus des bouquets de fleurs sauvages faits dans l’aprem, et des cueillettes), d’autres encore cuisinent à la maison ou à la « maison des bébés » (un gîte en face de chez nous, loué pour l’occasion), un artiste se redécouvre à faire un panneau explicatif … On accueille des invités qui arrivent au fur et à mesure (nous sommes une trentaine à manger à la maison le soir même, sans compter nos familles qui passent faire coucou mais mangent aux restos des environs …), et juste avant de dormir nous trouvons nos derniers lecteurs pour la cérémonie (en fait nous inversons deux textes, un de nos lecteurs ne se sentant finalement pas de lire le texte proposé). Nico écrit ses voeux tout au long de la journée … et finira le samedi matin.

J’en ai sûrement oublié, des activités, des beaux moments, dans cette journée-fourmilière. Mais je n’ai pas oublié l’ambiance, l’excitation, la joie, la beauté de toutes ses petites mains qui construisent, de toutes ses rencontres, de cet émerveillement dans les yeux de ceux qui découvrent la région, cette espèce de fraternité qui s’érige à faire ensemble.

Nous allons nous coucher, épuisés et … soulagés, heureux, vibrants de tout cela, et d’imaginer le lendemain.

Cérémonie laïque : les valeurs, texte d’Erri de Luca

Nous avons choisi, pour commencer la partie « Valeurs » de notre cérémonie, un texte de l’écrivain italien Erri de Luca … un poème intitulé Valore.
Plutôt que « nous avons choisi », je devrais dire que ce texte nous a sauté dans les mains. Nous ne le connaissions pas, je n’avais jamais lu cet auteur (l’homme qui lit tout le temps, mais pas de la fiction, encore moins), jusqu’à cette année au je l’ai découvert grâce au très beau roman Montedidio.
Quelques jours plus tard ce texte m’a sauté au nez … je l’ai fait lire à l’homme qui est italien par sa mère, et c’était une évidence. Double évidence : ce texte, légèrement remanié (nous avons retiré quelques vers), était essentiel dans notre cérémonie, et il serait lu à deux voix, en français et en italien, par un couple d’amis que nous avons rencontrés à Turin (au temps où nous étions de tous jeunes amoureux, où l’homme qui n’est pas à une demi-mesure près me montrait « son pays », et où nous faisions du couchsurfing pour la première fois)

Valore

Erri de Luca

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.
Considero valore ogni forma di vita, la neve, la fragola, la mosca.
J’attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
Considero valore il regno minerale, l’assemblea delle stelle.
J’attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment.
Considero valore il vino finché dura il pasto, un sorriso involontario, la stanchezza di chi non si è risparmiato, due vecchi che si amano.
J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd’hui vaut encore peu de choses.
J’attache de la valeur à toutes les blessures.
Considero valore quello che domani non varrà più niente e quello che oggi vale ancora poco.
Considero valore tutte le ferite.

J’attache de la valeur à économiser l’eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’assoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.
Considero valore risparmiare acqua, riparare un paio di scarpe, tacere in tempo, accorrere a un grido, chiedere permesso prima di sedersi, provare gratitudine senza ricordare di che.
J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive.
J’attache de la valeur au voyage vagabond.
Considero valore sapere in una stanza dov’è il nord, qual’è il nome del vento che sta asciugando il bucato.
Considero valore il viaggio del vagabondo.

J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer.
Considero valore l’uso del verbo amare.


On peut entendre ce texte ici (je crois)

C’était un magnifique moment.

Cérémonie laïque : Remerciements et évocation

Il est d’usage de placer dans une cérémonie, les remerciements aux présents, et l’évocation des absents à deux moments distincts. Nous n’avons pas suivi de « Il faut » sur ce coup-là, mais nous tenions à le faire, et nous l’avons fait au même moment, et par à même texte.

L’usage veut plus précisément qu’on évoque les souvenir des morts de la famille de l’année. Nous n’avons pas suivi ce il-faut là.

Un texte que j’ai introduit comme nous l’avons compris : vivre la joie et la peine, se construire avec l’amour des morts et des vivants, de ceux qui sont là et de sont qui ne sont plus là, remercier donc pour l’amour reçu et donné par ceux qui sont présents et ceux qui nous ont quitté, ne pas séparer l’un et l’autre, ne pas oublier le chagrin pour célébrer la joie mais l’inclure dans le chemin qui nous a mené à ce moment.

« Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste, et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge. »

Christian Bobin, La folle allure

C’était un moment difficile, auquel je ne m’étais pas assez préparé. Je m’attendais à mon émotion, mais pas à celle de ma famille (pourtant logiques), les voir en larmes m’a déstabilisée. Pensez-y.

C’était aussi une lecture difficile pour le récitant, car il intervenait à un moment particulier, en soutien de ce que je venais de dire en quelque sorte, et il fallait le pouvoir. Nous avons d’ailleurs trouvé le récitant final la veille du mariage.

D’où mon conseil : si vous avez des textes et que vous souhaitez les faire lire par des invités, dites leur quelques semaines auparavant, qu’ils puissent poser les questions qu’ils veulent, se les approprier, les comprendre, s’imaginer les dire. Dites-leur aussi ce qui sera dit (par vous ou la personne célébrant la cérémonie) pour accompagner ce texte, comment vous les voyez. Le récitant peut légitimement refuser de lire tout court ou de lire un texte en particulier. Ça nous a pris par surprise, mais nous avons eu les deux cas, d’où un remue-ménage un peu stressant la veille du mariage.

Et sans déflorer le moment (de toutes façons, c’est impossible), pensez aux réactions que les mots choisis vont susciter, voyez si vous êtes à l’aise avec cela, et préparez-vous.

Pour finir en douceur et en lumière ... Galerie de Insert Photographer Here

A quoi sert une robe de mariée simple ?

Je n’ai pas voulu de robe de mariée classique pour un tas de raisons que j’expliquais ici et ici.
Je précise quand même que pour les autres, je n’ai rien contre les robes de mariées, et que même je crois que j’adore ça (sur les copines pas sur les mannequins !). La dernière mariée que j’ai vue, robe assez classique mais pas trop, m’a toute émotionnée tellement elle était jolie et … « spéciale » pour un jour qui ne l’était pas moins.

Mais si j’ai expliqué pourquoi je ne voulais pas d’une robe magnifique et volumineuse et irremmetable, je n’ai pas expliqué pourquoi je voulais une robe simple.

Pourquoi porter une robe relativement simple ?

Ce qui me tenait à coeur, pendant cette journée, c’est d’être la plus naturelle possible (ce qui n’a rien d’évident quand des paparazzi, même bien intentionnés, vous mitraillent de tous côtés, et que vous êtes, forcément, et au moins à certains moments, au centre de l’attention), et de participer. Parce c’est comme ça que je prends plaisir à faire les choses, parce que c’est comme ça que je m’ouvre à la rencontre aussi, en faisant avec d’autres.

Avec la robe courte que j’ai porté jusqu’en milieu d’après-midi, j’ai pu marcher dans un chemin un peu boueux sans stresser (on guette quand même où on met les pieds, la photo le prouve), mettre mes bons gros vieux gilets des familles (et il y en avait hélas besoin) plutôt qu’une étole qui ne tient pas chaud sans que ça jure, porter des bébés sans avoir peur qu’ils me bavent ou pire dessus (ce qu’ils n’ont pas fait, d’ailleurs), passer par dessus le comptoir pour servir le champagne (j’adore jouer à la barmaid), m’asseoir par terre et m’accouder contre un mur sans l’avoir javelisé avant, serrer les gens dans mes bras, découper des gâteaux sans craindre l’explosion du chocolat, débarrasser un peu les tables. Bien sûr, je n’ai fait qu’un peu de tout ça, mais je pouvais le faire, et c’était important pour moi.

Par contre, c’était bien aussi d’avoir une robe longue, simple aussi, mais plus « sérieuse », pour la cérémonie. Il y avait quelque chose de plus solennel, et plus tard, pour le bal et la première valse des mariés surprise (on pensait démarrer avec un cercle circassien), ça permettait de masquer un peu mes faux pas (On ne sait pas du tout valser. Mais on s’est bien amusés.)

Et ça ne m’a pas empêchée de jouer au molku !

« Laissez l’espace entrer au sein de votre union »

Le titre est tiré d’un texte de Khalil Gibran (archiconnu dans le petit monde des cérémonies laïques) que nous avions choisi parmi d’autres pour notre célébration.

Laissez l’espace entrer au sein de votre union.
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre.

Ces conseils, d’une certaine façon, nous les avons appliqués lors de la préparation et de la journée du mariage, dans un sens quelque peu détourné. Nous avons laissé de l’espace dans cette préparation, dans la mise en place, des espaces non remplis, où chacun pouvait laisser place à sa fantaisie, apporter sa touche personnelle.

Plusieurs fois, pendant les mois qui ont précédé le mariage, j’ai eu peur de ne pas en faire assez, d’en demander trop à chacun, que tout ne soit pas sous contrôle et que cela en devienne lourd, vide. (« J’ai » parce que l’homme qui est serein est serein). C’était un pari instinctif : mettre le plus gros en place, se concentrer sur la cérémonie, et laisser le reste se faire sans trop organiser.

C’est un peu comme pour l’écologie : on dit souvent que la nature a horreur du vide, mais elle habite ce vide qu’elle remplit (et annule). Un mur lisse n’abritera que quelques acariens, et encore. Les creux et les aspérités d’un mur en pierres sèches seront les repaires de la vie de la faune et de la flore.

Nous avions laissé plein de creux (comme le bouquet), et nos proches les ont saisis comme des invitations. Des jeux toute l’après-midi, dont nous n’avions pas prévu un seul (enfin si, mais on l’a oublié au magasin), une première valse en jeunes mariés là où nous pensions ne faire que des danses collectives, un atelier découpe de crudités, des nappes rouges et blanches, un superbe accueil de gazouillis lors de notre entrée, un morceau de musique intitulé … « Envie de mai », et même une « communauté de la guinguette » déjà en réflexion sur la prochaine célébration …

La parabole du bouquet

Je ne sais toujours pas par où commencer. C’était fou, spontané, vivant, glacial au-dehors et chaud au-dedans, c’était comme quelques jours de rêve collectif, généreux, émouvant, surprenant.

En guise d’illustration de tout cela, l’histoire de mon bouquet de mariée.

Je ne voulais pas de bouquet, estimant que je ne serais pas à l’aise avec, et ne tenant pas à la tradition du lancer.

Pourtant, la veille du mariage, ma petite nièce (par alliance ;)) m’a offert spontanément ce petit bouquet de carotte sauvage. Le lendemain, j’ai préparé une petite table dans ma chambre pour accueillir la coiffeuse et les filles qui souhaitaient s’y maquiller ou passer boire le thé avec la mariée se préparant en secret. Le petit bouquet décorait la table. Quelques minutes avant de partir à la mairie, l’idée m’est venue de le prendre avec moi. Une de mes co-coiffées a trouvé un ruban, et en sortant de ma chambre, une amie est passée, qui m’avait, sans être au courant de ces rebondissements minimes, apporté quelques boutons d’or qu’on a ajoutés au cœur du bouquet.

J’ai compris, sur les quelques dizaines de mètres qui séparent notre maison de la mairie, à quoi pouvait servir le bouquet de la mariée : il lui permet de savoir quoi faire de ses mains, de se raccrocher physiquement à quelque chose quand tous les regards se tournent vers elle …

Après la mairie, pendant la petite marche qui nous menait à la guinguette, il s’est encore enrichi, grâce à  l’offrande d’un petit invité, d’un coquelicot central.

Cette anecdote est à l’image de ces quelques jours : de la spontanéité, de la générosité, de la créativité, pas de convention et beaucoup d’amour …