Une chanson sur l’amour et la simplicité

Dès qu’il a été question de mariage entre l’homme qui passe ses exams et moi, et même avant à vrai dire, j’ai pensé à cette chanson.

Ou plutôt : dès la première fois où j’ai entendu cette chanson, je me suis dit qu’elle nous correspondait tout à fait, à tous les deux, et à notre vision du couple et de l’avenir. Nos valeurs de simplicité et d’écologie y sont évoquées sans grand discours, ni dénonciation-des-méchants-qui-pensent-pas-comme-nous.

Problème :  Je ne suis pas fan de la musique (du « refrain » en fait), au point que je n’en ai même pas parlé à mon fiancé.

Si j’avais soumis mon problème à Uhu, elle l’aurait résolu en un clin d’oeil : et pourquoi lire, ou faire lire les paroles de la chanson ? De préférence à deux voix, pour garder le texte vivant ! Autre avantage, on peut adapter, couper les passages qui nous dérangent, ou écourter.

« Ma » Chanson ? Curieux, va !

Je suis bien, de K, dans l’album L’amour dans la rue

Je crois qu’on aura des enfants
des petits rois heureux,
des serviteurs du vent …
Je crois qu’on aura une vie,
encore plus belle que
celle qui nous donne envie
je suis bien.

Je crois qu’on aura une maison
avec des animaux
et des fruits de saison.
Je crois qu’on aura des amis
avec des idéaux
qu’on vivra jour et nuit.

Je crois qu’on aura des voyages
que j’entendrai ta voix parler mille langages …
Je crois qu’on aura des rivières
qu’on se laissera glisser jusqu’à la mer

Je crois en nous
et tant pis pour les réalistes
qui nous traitent de fous
ou de pauvres idéalistes
je suis bien.

Je crois qu’on aura des sourires
à redonner à la joie
à qui voudrait mourir.
Je crois qu’on aura de l’argent
sans jamais pour cela
devoir vendre son temps

Je crois qu’on aura du soleil
de longues pluies de joie
de la paix à la pelle
je crois que la fidélité
entre nous gardera
ce goût de liberté.

Je crois en nous
et tant pis pour les réalistes
qui nous traitent de fous
de pauvres idéalistes
je suis bien.

Je crois qu’on ne va pas mourir
juste fermer les yeux
et ne pas revenir
je crois que si l’un de nous reste
l’autre sera un peu
dans tout ce qui caresse …

Je crois surtout que ce qui m’emporte vraiment
plus que tout ce futur
où je me vois en souriant
c’est là sans que j’y fasse rien
cette sensation sûre
meilleure que mille lendemains
où je suis bien
où je suis bien
où je suis bien

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Cérémonie laïque : les valeurs, texte amérindien

Le texte suivant est extrait de Pieds nus sur la Terre sacrée, un recueil de paroles d’Indiens d’Amérique. Ce livre, qui était chez mes parents, m’a toujours fascinée, de par sa couverture, son titre, l’importance qu’il avait pour mes parents. Je l’ai lu tard, quand je l’ai trouvé dans la première bibliothèque où j’ai travaillé.

Nous avons choisi d’en citer un extrait pour plein de raisons : l’homme que j’aime a une âme de chasseur-cueilleur, ce livre me rappelle mon père, et la célébration de la vie nous touche au-delà d’une religion en particulier.

Dans un des schémas pour une cérémonie laïque (que nous n’avons pas suivi), la progression se construit ainsi : présentation de la laïcité, présentation du couple, union. L’extrait que nous avons choisi fait plutôt partie de nos valeurs (selon le schéma valeurs/déclarations/union), mais il nous a semblé qu’il parlait, d’une certaine façon, de notre laïcité, en ce qu’elle est une célébration sans religion plutôt qu’un rejet du sacré.

Dans la vie de l’indien, il n’y a qu’un devoir inévitable, la reconnaissance de l’invisible et de l’éternel
Ses dévotions quotidiennes lui sont plus nécessaire que sa nourriture de chaque jour.
Il se lève au petit jour, chausse ses mocassins et descend à la rivière.
Il s’asperge le visage d’eau froide ou s’y plonge entièrement.
Après le bain, il reste dressé devant l’aube qui avance, face au soleil qui danse sur l’horizon.
Chaque fois qu’au cours de sa chasse quotidienne, l’homme rouge arrive devant une scène sublime ou éclatante de beauté,
-un nuage noir chargé de tonnerre avec l’arche étincelante d’un arc-en-ciel au dessus d’une montagne,
une cascade blanche au cœur d’une gorge verte,
une vaste prairie teintée du rouge sang d’un couchant-
il s’arrête un instant dans la position d’adoration.
Il ne voit pas le besoin de distinguer un jour parmi les sept pour en faire un jour saint puisque pour lui tous les jours sont sacrés.

Ce texte a été lu, après moult péripéties, par un ami à la voix rugueuse et terrienne.

Cérémonie laïque : les valeurs, texte d’Erri de Luca

Nous avons choisi, pour commencer la partie « Valeurs » de notre cérémonie, un texte de l’écrivain italien Erri de Luca … un poème intitulé Valore.
Plutôt que « nous avons choisi », je devrais dire que ce texte nous a sauté dans les mains. Nous ne le connaissions pas, je n’avais jamais lu cet auteur (l’homme qui lit tout le temps, mais pas de la fiction, encore moins), jusqu’à cette année au je l’ai découvert grâce au très beau roman Montedidio.
Quelques jours plus tard ce texte m’a sauté au nez … je l’ai fait lire à l’homme qui est italien par sa mère, et c’était une évidence. Double évidence : ce texte, légèrement remanié (nous avons retiré quelques vers), était essentiel dans notre cérémonie, et il serait lu à deux voix, en français et en italien, par un couple d’amis que nous avons rencontrés à Turin (au temps où nous étions de tous jeunes amoureux, où l’homme qui n’est pas à une demi-mesure près me montrait « son pays », et où nous faisions du couchsurfing pour la première fois)

Valore

Erri de Luca

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.
Considero valore ogni forma di vita, la neve, la fragola, la mosca.
J’attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
Considero valore il regno minerale, l’assemblea delle stelle.
J’attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment.
Considero valore il vino finché dura il pasto, un sorriso involontario, la stanchezza di chi non si è risparmiato, due vecchi che si amano.
J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd’hui vaut encore peu de choses.
J’attache de la valeur à toutes les blessures.
Considero valore quello che domani non varrà più niente e quello che oggi vale ancora poco.
Considero valore tutte le ferite.

J’attache de la valeur à économiser l’eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’assoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.
Considero valore risparmiare acqua, riparare un paio di scarpe, tacere in tempo, accorrere a un grido, chiedere permesso prima di sedersi, provare gratitudine senza ricordare di che.
J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive.
J’attache de la valeur au voyage vagabond.
Considero valore sapere in una stanza dov’è il nord, qual’è il nome del vento che sta asciugando il bucato.
Considero valore il viaggio del vagabondo.

J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer.
Considero valore l’uso del verbo amare.


On peut entendre ce texte ici (je crois)

C’était un magnifique moment.

« Laissez l’espace entrer au sein de votre union »

Le titre est tiré d’un texte de Khalil Gibran (archiconnu dans le petit monde des cérémonies laïques) que nous avions choisi parmi d’autres pour notre célébration.

Laissez l’espace entrer au sein de votre union.
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre.

Ces conseils, d’une certaine façon, nous les avons appliqués lors de la préparation et de la journée du mariage, dans un sens quelque peu détourné. Nous avons laissé de l’espace dans cette préparation, dans la mise en place, des espaces non remplis, où chacun pouvait laisser place à sa fantaisie, apporter sa touche personnelle.

Plusieurs fois, pendant les mois qui ont précédé le mariage, j’ai eu peur de ne pas en faire assez, d’en demander trop à chacun, que tout ne soit pas sous contrôle et que cela en devienne lourd, vide. (« J’ai » parce que l’homme qui est serein est serein). C’était un pari instinctif : mettre le plus gros en place, se concentrer sur la cérémonie, et laisser le reste se faire sans trop organiser.

C’est un peu comme pour l’écologie : on dit souvent que la nature a horreur du vide, mais elle habite ce vide qu’elle remplit (et annule). Un mur lisse n’abritera que quelques acariens, et encore. Les creux et les aspérités d’un mur en pierres sèches seront les repaires de la vie de la faune et de la flore.

Nous avions laissé plein de creux (comme le bouquet), et nos proches les ont saisis comme des invitations. Des jeux toute l’après-midi, dont nous n’avions pas prévu un seul (enfin si, mais on l’a oublié au magasin), une première valse en jeunes mariés là où nous pensions ne faire que des danses collectives, un atelier découpe de crudités, des nappes rouges et blanches, un superbe accueil de gazouillis lors de notre entrée, un morceau de musique intitulé … « Envie de mai », et même une « communauté de la guinguette » déjà en réflexion sur la prochaine célébration …

Voyage de noces, etc.

Avec l’homme qui sera alors mon mari, on a prévu de partir en vacances deux mois cet été. On appelle ça notre voyage de noces, mais en fait, on va partir à pied, en train et en stop sur les routes de France et (surtout) de Navarre faire un tour des écolieux qui nous plaisent.

On commence à organiser ce voyage, et v’là-t’y pas qu’on tombe sur un projet en train de se monter, qui cherche du monde, pour construire un petit collectif agricole et culturel en milieu forestier, selon les valeurs de la permaculture (bonjour ceux qui utilisent l’alerte Google sur ce mot), de la communication non-violente et du consensus. En plein parc naturel, dans un hameau isolé, mais quand même pas bien loin d’un gros village.

Du coup, on s’interroge, c’est trop tôt, nous ne nous sommes pas encore formés, mais l’occasion est trop belle … c’est le projet qu’on a imaginé construire, et il cherche du monde ! Les déjà-impliqués nous ont demandé d’écrire quelques lignes sur différentes questions. Je vous livre le premier … et oui, sur le sujet, je suis bavarde ! (et encore, je me suis limitée …)

J'adore cette photo, je crois que je l'ai déjà mise d'ailleurs !

J'adore cette photo, je crois que c'est la deuxième fois que je la sers !

Ce que j’ai au fond de moi …
L’espoir, je crois, tout d’abord. L’espoir et la confiance dans une autre manière d’être les uns avec les autres, de se sentir faire partie du vivant, du mouvement général de la vie. L’envie, dans tout ce que je fais, de participer à ce mouvement de vie et de célébration de la vie ; cela dans le concret, dans le quotidien, dans le fait de faire ses conserves, de prendre le temps d’écouter celui qui parle, de me taire ou de chanter, de plonger mes mains dans la terre, d’apprendre à coudre, de soigner les animaux, d’apprendre à reconnaître les oiseaux, de faire la cuisine, de semer, de voir germer, de panser un cheval ou un âne, d’aller à pied …
L’envie profonde de créer le monde où je veux vivre, un monde où l’humain n’est pas en concurrence avec ses semblables ou la nature, mais en coopération. Avant tout dans mon projet, il y a des gens, avec des lieux et des temps réservés à l’intimité familiale ou personnelle mais aussi des temps de travail et de vie en commun … d’autant que j’aimerais idéalement ne plus distinguer mon travail de ma vie.
Je veux me lever le matin et que ça aie du sens, prendre le temps de dessiner des étiquettes pour les produits que je vends ou troque, faire moi-même le plus possible ; avoir une balançoire ; participer à proposer autre chose, être militant donc, mais vraiment dans une dimension de création et non seulement d’opposition, via un centre de ressources pourquoi pas, mais aussi par des voies ludiques, comme de l’accueil en cabanes peut-être, des soirées contes ou projections ou autres … Diffuser (je suis aujourd’hui et pour quelques mois encore documentaliste, la pédagogie, l’accès à l’information me tiennent à cœur), peut-être permettre à des déclics de se faire, des réflexions de s’approfondir …

J’ai été cavalière assidûment jusqu’à mes 22 ans (j’en ai 28), je m’imagine vivre et travailler avec des animaux, des ânes ou des chevaux (et puis aussi quelques volailles, quelques ovins ou caprins … et deux cochons …) sans pour autant avoir de certitudes. J’ai aussi, petite fille, beaucoup rêvé dans les vergers de mes parents et grand-parent, et sans y avoir appris de technique, d’une certaine façon les arbres participent à mon identité et je sais que je me construirai encore avec eux … Et j’imagine des abeilles aussi : des ruches pour le miel mais aussi pour la sauvegarde. J’imagine l’abondance et la vie qui grouille !
Je veux une vie de frugalité, de simplicité et de cohérence, avec les outils de la permaculture, de la CNV, du consensus, trois domaines dans lesquelles je me forme depuis quelques années (formation à la fois théorique via différents stages et pratique via la vie associative et une année de « woof ») … mais je crois que la véritable formation sera la construction de ce projet lui-même, le reste étant un précieux entraînement !

On continue d’organiser notre été … mais on rencontre des gens de ce projet le week-end prochain !

Quelques textes sur l’amour et la nature

En cherchant des textes pour la cérémonie laïque, on aimerait parfois qu’elle puisse durer des heures ! Morceaux choisis d’un auteur que j’aime énormément …

Les paroles appellent, les visages fascinent,
les gestes aimantent et soudain tout ce complot du visible échoue,
soudain nous devenons rêveurs c’est-à-dire ramenés à l’essentiel
par la vue d’une fleur si pauvre,
si proche de la terre qu’il faut presque s’agenouiller
pour bien la voir et méditer sa leçon de silence.

Christian Bobin

Marcher dans la nature,
c’est comme se trouver dans une immense bibliothèque
où chaque livre ne contiendrait que des phrases essentielles.

Christian Bobin – La lumière du monde

Aimer quelqu’un, c’est le lire. C’est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l’autre, et en lisant le délivrer. C’est déplier son coeur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère. Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléiade et, quand je regarde un visage, j’essaie de tout lire, même les notes en bas de page.
Je pénètre dans les visages comme on s’enfonce dans un brouillard, jusqu’à ce que le paysage s’éclaire dans ses moindres détails…

Christian Bobin